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Maison Nessihat · ParisDu Panama à Paname2026
Carte blanche
Carte blanche

Pourquoi nous écrivons encore des cartes postales

À l’ère du message instantané, glisser une carte dans une boîte aux lettres tient du geste démodé. C’est précisément ce qui en fait, peut-être, le luxe.

Il y a une dizaine de jours entre le moment où l’on choisit la carte et celui où elle arrive. Pendant ce délai, on imagine son destinataire ouvrir sa boîte sans rien attendre, reconnaître l’écriture, retourner le carton pour voir le timbre et le tampon. Aucun écran ne reproduit cette séquence. La carte postale a ceci de précieux qu’elle voyage à un rythme qui n’est plus le nôtre, et qu’elle impose à celui qui la reçoit une pause minuscule mais réelle.

Écrire une carte oblige à choisir. On ne peut pas tout dire, on dit donc l’essentiel : une lumière croisée le matin, le nom d’un café, une promesse de retour. On apprend à abréger sans appauvrir, à laisser des blancs, à signer simplement de son prénom. C’est un exercice d’élégance par contrainte, comparable au télégramme d’autrefois, et qui survit obstinément dans les présentoirs tournants des kiosques de bord de mer.

Il reste à choisir l’image — un phare, une plage, une ruelle — et à se demander, devant la boîte aux lettres, si l’on n’oublie pas quelqu’un. Voyager, c’est aussi cela : tenir une liste discrète de personnes à qui l’on souhaite, depuis ailleurs, faire signe.


Nessihat — le chapeau qui voyage.

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