Le canotier, du fleuve à la scène
Né sur les bords de Marne avec les canotiers du dimanche, ce chapeau de paille dure traversa le siècle en passant par Maurice Chevalier et les music-halls. Histoire d’une silhouette droite.
À la fin du XIXᵉ siècle, les Parisiens descendent en train jusqu’aux guinguettes de la Marne et de la Seine. On y canote, on y danse, on y déjeune sur des pontons en bois. Pour se protéger du soleil sans renoncer à l’élégance, ces messieurs adoptent un chapeau de paille tressée serré, plat sur le dessus, bord rigide, ruban noir ou rayé. On l’appellera tout simplement le canotier, du nom de ceux qui le portent.
La forme plaît parce qu’elle est nette. Pas de courbe, pas de fantaisie : un cylindre bas posé droit sur la tête, qui exige une certaine tenue. Le canotier passe vite des bords de fleuve aux boulevards, devient l’uniforme estival des étudiants, puis celui des artistes. Maurice Chevalier en fera son emblème, jusqu’à le confondre avec sa silhouette. Coco Chanel, plus tard, en empruntera la rigueur pour habiller ses clientes d’un chapeau qui ne ressemble à rien d’autre.
Le canotier traverse les modes parce qu’il ne joue pas à la séduction. Il tient. Il structure un visage, il accompagne une robe d’été comme un costume clair. On le glisse mal dans une valise — sa paille raide ne pardonne pas les pliures —, et c’est sans doute pour cela qu’il appelle, plus que tout autre, à être protégé en voyage.
Nessihat — le chapeau qui voyage.

